dimanche 9 novembre 2025

La pierre de justice de Malassis !

 « Les légendes sont solides quand elles ont un pied dans la réalité »

La pierre de justice de Malassis.https://forges-les-bains.blogspot.com/
Pierre de justice de Malassis.

Si d’aventure lors d’une promenade vous passez par Malassis, ne manquez pas de vous arrêter un instant devant cette grosse pierre qui se situe en bord de route à l’angle de la rue de la justice. Comme cela est souvent le cas, celle-ci a donné naissance à de nombreux récits populaires, mêlant histoire et légende !
 
Cette pierre que l’on peut voir a été scellée par la commune. Elle aurait eu d’abord, un autre destin. En effet, selon la confirmation du Conservateur régional de l’Archéologie, qui a d’ailleurs décelé sur la pierre des traces de feu, cette pierre serait un tambour de colonne du XIIIe ou XIVe siècle. Mais il faut savoir que sur cette butte de Malassis, il y a eu en réalité trois pierres. Une deuxième a été descendue dans une des propriétés du hameau. La troisième se trouve au Bois des Morts, à l’endroit où il y aurait eu une motte féodale, et elle représenterait sans doute la place du donjon. Sur la partie la plus basse, là où la végétation est différente, serait sans doute l’emplacement des douves. Il faut aussi imaginer, qu’à cette époque le terrain n’était pas boisé et que ce point culminant constituait un excellent lieu de surveillance, particulièrement avec sa vue sur la route romaine de Dreux, devenue notre D988. Selon un rapport du musée National des arts et Traditions populaires, ces pierres sont bien des "supports" de fourches patibulaires.  
 
Un peu d’histoire…

Étymologiquement, "Patibulum" vient du verbe "patere". On appelait patibulum un instrument de supplice en forme de fourche, semblable à un carcan. On y faisait passer le cou du condamné, on lui attachait les mains aux deux pointes et on lui faisait traverser la ville en le fouettant. On en trouve l'illustration dans la comédie "Le Soldat Fanfaron" de Plaute (254 av. J.C - 184 av. J.C). Cette fourche se transforma au fil du temps en une véritable potence, composée d'une traverse de bois reposant sur deux piliers, sur laquelle on exhibait les condamnés à mort. Placée près d'une voie publique ou en haut d'une colline, elle témoignait de la force répressive du pouvoir et avait un caractère dissuasif. Historiquement au XVIIIe siècle, une telle pierre de justice servait également à marquer son territoire, face aux autres nobles pour l'exercice de la justice.
 
En l’an de grâce 1473, le roi Louis XI dit "le prudent" accorde le droit de haute, moyenne et basse justice au seigneur de Briis, Jean du Moulin, sur les territoires de Bligny, de Forges et d’Ardillières. Il autorise ainsi la mise en place de fourches patibulaires et échelles convenables pour les exécutions. En 1626, la haute et moyenne justice du fief de Malassis appartenait à Limours. Ce fief est du ressort de Montlhéry. On peut donc supposer que cette pierre qui se trouve à Malassis, est vraisemblablement le support des fourches patibulaires appartenant à la justice de Limours. C’est donc en ce lieu ou pas loin, que devait se dérouler les exécutions par pendaisons à cette époque, d’où l’appellation de "champtier de la justice". La potence était constituée de plusieurs colonnes de pierre sur lesquelles reposait une traverse de bois, elles étaient placées en hauteur, bien à la vue du public. Ainsi, les condamnés à mort y étaient pendus et les corps, restaient ainsi exposés. Tout proche, se trouve d’ailleurs le lieu du bois des morts, où l’on devait enterrer les exécutés.   
 
A cette époque, On distingue trois degrés de justice seigneuriale.

Justice haute (ou haute justice)
Le seigneur (ou plus exactement le juge seigneurial) peut juger toutes les affaires et prononcer toutes les peines, dont la peine capitale (d'où le nom de jus gladii, litt. "Droit de l'épée" ou encore "justice du sang"). Celle-ci ne pouvant toutefois être exécutée qu'après confirmation par des juges royaux (appel obligatoire, porté devant les parlements). La haute justice jouit de la plénitude de juridiction au civil comme au pénal. Ainsi pour crimes punis de mort, de peines corporelles, etc. les marques extérieures de la haute justice sont pilori, gibet, fourches patibulaires à 2, 3, 4, 6 ou 8 piliers selon l’importance du seigneur.

Justice moyenne (ou moyenne justice)
Le seigneur peut juger les rixes, injures et vols. Les délits ne peuvent être punis de mort. Pratiquement, la moyenne justice joue un rôle important au civil, notamment en matière de successions et de protection juridique des intérêts des mineurs, apposition de scellés, inventaire des biens des mineurs, nomination des tuteurs, etc.

Justice basse (ou basse justice)
Le seigneur peut juger les affaires relatives aux droits dus au seigneur, cens, rentes, exhibitions de contrats et héritages sur son domaine. Il s'occupe aussi des délits et amendes de faibles valeurs (dégâts des bêtes, injures, amendes inférieures à 7 sols 6 deniers). Il doit posséder sergent et prison afin d'y enfermer tout délinquant avant de le mener au haut justicier. Si la seigneurie est assez grande pour qu'il y ait des vavasseurs, les affaires de moyenne et basse justice sont jugées par leurs soins.
 
Il est à noter que les seigneurs de Forges n’avaient pas le droit à la haute justice, mais seulement à la moyenne et basse justice.  

Sources : Archives Nationales & départementales de l’Essonne – "Forges Les Bains" Marcelle Petit Edition du soleil natal – Wikipédia. 

 Forges Les Bains, Histoire et Patrimoine
             Éric.L