« Les légendes sont solides quand elles ont un pied dans la réalité »
Pierre de justice de Malassis.
Si d’aventure lors d’une promenade vous passez
par Malassis, ne manquez pas de vous arrêter un instant devant cette
grosse pierre qui se situe en bord de route à l’angle de la rue de la justice. Comme
cela est souvent le cas, celle-ci a donné naissance à de nombreux récits
populaires, mêlant histoire et légende !
Cette pierre que l’on peut voir a été scellée par la
commune. Elle aurait eu d’abord, un autre destin. En effet, selon la
confirmation du Conservateur régional de l’Archéologie, qui a d’ailleurs décelé
sur la pierre des traces de feu, cette pierre serait un tambour de colonne du
XIIIe ou XIVe siècle. Mais il faut savoir que sur cette butte de Malassis, il y
a eu en réalité trois pierres. Une deuxième a été descendue dans une des
propriétés du hameau. La troisième se trouve au Bois des Morts, à l’endroit où
il y aurait eu une motte féodale, et elle représenterait sans doute la place du
donjon. Sur la partie la plus basse, là où la végétation est différente, serait
sans doute l’emplacement des douves. Il faut aussi imaginer, qu’à cette époque
le terrain n’était pas boisé et que ce point culminant constituait un excellent
lieu de surveillance, particulièrement avec sa vue sur la route romaine de
Dreux, devenue notre D988. Selon un rapport du musée National des arts et
Traditions populaires, ces pierres sont bien des "supports" de fourches patibulaires.
Un peu d’histoire…
Étymologiquement, "Patibulum" vient du
verbe "patere". On appelait patibulum un instrument de
supplice en forme de fourche, semblable à un carcan. On y faisait passer le cou
du condamné, on lui attachait les mains aux deux pointes et on lui faisait
traverser la ville en le fouettant. On en trouve l'illustration dans la
comédie "Le Soldat Fanfaron" de Plaute (254
av. J.C - 184 av. J.C). Cette fourche se transforma au fil du
temps en une véritable potence, composée d'une traverse de bois reposant sur
deux piliers, sur laquelle on exhibait les condamnés à mort. Placée près d'une
voie publique ou en haut d'une colline, elle témoignait de la force répressive
du pouvoir et avait un caractère dissuasif. Historiquement au
XVIIIe siècle, une telle pierre de justice servait également à marquer son
territoire, face aux autres nobles pour l'exercice de la justice.
En l’an de grâce 1473, le roi Louis XI dit "le
prudent" accorde le droit de haute, moyenne et basse justice au seigneur
de Briis, Jean du Moulin, sur les territoires de Bligny, de Forges et
d’Ardillières. Il autorise ainsi la mise en place de fourches patibulaires et
échelles convenables pour les exécutions. En 1626, la haute et moyenne justice
du fief de Malassis appartenait à Limours. Ce fief est du ressort de Montlhéry.
On peut donc supposer que cette pierre qui se trouve à Malassis, est
vraisemblablement le support des fourches patibulaires appartenant à la justice
de Limours. C’est donc en ce lieu ou pas loin, que devait se dérouler les
exécutions par pendaisons à cette époque, d’où l’appellation de "champtier de la justice". La potence était constituée
de plusieurs colonnes de pierre sur lesquelles reposait une traverse de bois,
elles étaient placées en hauteur, bien à la vue du public. Ainsi, les condamnés
à mort y étaient pendus et les corps, restaient ainsi exposés. Tout proche, se
trouve d’ailleurs le lieu du bois des morts, où l’on devait enterrer les
exécutés.
A cette époque, On distingue trois degrés de justice
seigneuriale.
Justice haute (ou
haute justice)
Le seigneur (ou plus exactement le juge seigneurial) peut
juger toutes les affaires et prononcer toutes les peines, dont la peine
capitale (d'où le nom de jus gladii, litt. "Droit de l'épée"
ou encore "justice du sang"). Celle-ci ne pouvant toutefois
être exécutée qu'après confirmation par des juges royaux (appel obligatoire,
porté devant les parlements). La haute justice jouit de la plénitude de
juridiction au civil comme au pénal. Ainsi pour crimes punis de
mort, de peines corporelles, etc. les marques extérieures de la haute justice
sont pilori, gibet, fourches patibulaires à 2, 3, 4, 6 ou 8 piliers selon
l’importance du seigneur.
Justice moyenne
(ou moyenne justice)
Le seigneur peut juger les rixes, injures et vols. Les
délits ne peuvent être punis de mort. Pratiquement, la moyenne justice joue un
rôle important au civil, notamment en matière de successions et de protection
juridique des intérêts des mineurs, apposition de scellés, inventaire des biens
des mineurs, nomination des tuteurs, etc.
Justice basse (ou
basse justice)
Le seigneur peut juger les affaires relatives aux droits
dus au seigneur, cens, rentes, exhibitions de contrats et héritages sur son
domaine. Il s'occupe aussi des délits et amendes de faibles valeurs (dégâts des
bêtes, injures, amendes inférieures à 7 sols 6 deniers). Il doit
posséder sergent et prison afin d'y enfermer tout délinquant avant de
le mener au haut justicier. Si la seigneurie est assez grande pour qu'il y ait
des vavasseurs, les affaires de moyenne et basse justice sont jugées par
leurs soins.
Il est à noter que les seigneurs de Forges n’avaient pas
le droit à la haute justice, mais seulement à la moyenne et basse justice.
Sources : Archives Nationales & départementales
de l’Essonne – "Forges
Les Bains" Marcelle
Petit Edition du soleil natal – Wikipédia.
Éric.L


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